Pour évaluer les politiques mises en œuvre pour lutter contre la pauvreté et notamment connaître son évolution, encore faut-il savoir exactement de quoi l’on parle, c’est-à-dire la (re)connaître[1].

Pendant longtemps, on s’est focalisé sur les ressources monétaires des ménages pour la caractériser. D’où la notion de seuil de pauvreté défini comme 60 % du niveau de vie médian. Aujourd’hui (2023 ) ce seuil est de 1 288€ par mois pour une personne seule et de 2 705€ par mois pour un couple avec 2 enfants de moins de 14 ans.

L’OPML92 utilise largement la notion de taux de pauvreté qui peut être décliné au niveau local (tout en mentionnant que cette approche est insuffisante pour qualifier la pauvreté) pour voir comment il évolue dans le temps et dans l’espace. Le taux de pauvreté est, pour une population donnée, la part (%) qui dispose de ressources inférieures au seuil de pauvreté.

Ce taux était, pour l’ensemble des Hauts de Seine, de 11,9 % en 2018 et de 12,4 % en 2021. Il varie aussi fortement d’une commune à l’autre : il est le plus élevé à Gennevilliers ( 27 %) et le plus faible -6 % – dans trois communes (Le Plessis Robinson, Vaucresson et Ville d’Avray).

Ce seuil de pauvreté est un peu inférieur au SMIC net. Il permet d’observer que les minima sociaux sont en dessous du seuil de pauvreté. (Voir les Données repères)

On note ainsi qu’il faut être pauvre pour accéder à un logement à faible quittance[2] (équivalent PLAI). On compte dans le 92 environ 90 000 ménages en situation de pauvreté monétaire et 110 000 logements sociaux à faible quittance. Mais seulement un tiers des ménages à bas-revenu sont logés dans le parc social.

Une approche insuffisante de la réalité

Il est de plus en plus apparu que des personnes ayant même des revenus supérieurs au seuil de pauvreté galèrent et ont des fins de mois difficiles car ce seuil ne tient pas compte du caractère obligatoire et/ou indispensable de plusieurs dépenses (logement, énergie, transports, assurances, numérique) pré-engagées dans le budget des ménages. Le reste pour vivre des personnes ou des ménages en est diminué d’autant et les obligent à subir un nombre plus ou moins important de privations matérielles et sociales. La DREES avait constaté qu’en 2018 le taux de pauvreté était de 14 % sur le revenu disponible, mais de 23 %, soit 9 points de plus, s’il était calculé sur le niveau de vie « arbitrable » c’est-à-dire prenant en compte ces dépenses.

La notion de reste à vivre (Voir) a été introduite en effet pour mieux évaluer les contraintes rencontrées. Par exemple, ce n’est pas la même chose pour une personne seule gagnant le smic de vivre si elle dispose d’un logement social au loyer+ charges de 500€/mois ou loue un logement dans le parc privé qui lui en coûte 900.  Dans le 1er cas, elle aura un reste pour vivre (estimation) de 900€ soit 30€/jour pour se nourrir, se vêtir etc…, dans le 2ème cas, son reste pour vivre sera de 500€ soit 17€/jour ce qui est très différent.

En complément de l’approche monétaire qui s’appuie sur les ressources des ménages, une approche complémentaire a été élaborée visant à prendre en compte les privations matérielles et sociales en se fondant sur l’observation des conditions de vie. Elle mesure les conséquences de la faiblesse des revenus. Un indicateur de privation matérielle et sociale a été élaboré par l’Union Européenne en définissant treize privations : une personne qui déclare subir au moins cinq de ces treize privations est dite en situation de privation (voir ci-dessous). Les enquêtes de l’INSEE[3] (Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV) ) nous apprennent que :

« Début 2025, en France, 13,5 % de la population vivant dans un logement ordinaire se trouve en situation de privation matérielle et sociale. Cette proportion avait augmenté significativement début 2022 dans un contexte de forte inflation et elle reste ancrée depuis quatre ans à un niveau élevé. Elle dépasse ainsi les taux observés au cours de la décennie précédente, c’est-à-dire avant la crise sanitaire.

Les personnes au chômage sont les plus exposées au risque de privation, qui touche 35 % d’entre elles. La part de personnes en emploi subissant des privations a augmenté depuis début 2020, qu’elles soient ouvrières, employées, professions intermédiaires ou cadres.

30 % des personnes vivant dans des familles monoparentales sont en situation de privation matérielle et sociale et 20 % au sein des couples avec trois enfants ou plus. C’est plus qu’avant la crise sanitaire.»

Ces deux approches peuvent être complétées par un indicateur de ressenti des ménages sur leurs difficultés financières déclarées lors d’enquêtes. Ainsi « Les personnes déclarant des difficultés financières sont plus nombreuses que celles comptabilisées par les mesures usuelles de la pauvreté….Début 2023, en France, environ 15 % de la population vivant dans un logement ordinaire est pauvre selon l’approche monétaire (revenus de 2022) et 14 % est en situation de privation matérielle et sociale, soit respectivement 10,2 et 9,0 millions de personnes. La part de personnes déclarant des difficultés financières à la fin du mois (approche subjective) est plus élevée. Cette situation concerne 22 % de la population résidant dans un logement ordinaire, soit 14,6 millions de personnes : 14 % dans un ménage qui estime finir le mois « difficilement » et 8 % « très difficilement » ». Globalement, « les enfants, les familles monoparentales et nombreuses, les locataires, les personnes au chômage et les habitants des territoires urbains sont parmi les plus touchés par la pauvreté, quelle que soit l’approche retenue »[4].

Il faut souligner que seule la pauvreté monétaire peut être évaluée au niveau local alors que les approches multidimensionnelles nécessaires, mesurant le nombre de privations matérielles et sociales et les difficultés financières ne le sont qu’au niveau national pour comparaison avec les autres pays.

 

L’indicateur de privation matérielle et sociale de l’Union européenne.

II est construit à partir des treize privations suivantes:

Au niveau individuel :

  1. ne pas pouvoir s’acheter de vêtements neufs pour des raisons financières ;
  2. ne pas posséder deux paires de chaussures en bon état pour des raisons financières ;
  3. ne pas pouvoir se réunir avec des amis ou de la famille autour d’un verre ou d’un repas au moins une fois par mois pour des raisons financières ;4.
  4. ne pas pouvoir dépenser une petite somme pour soi-même sans avoir à consulter les autres membres du ménage ;
  5. ne pas pouvoir avoir une activité de loisirs régulière par manque de moyens financiers;
  6. ne pas avoir accès à Internet pour un usage privé par manque de moyens financiers.

Au niveau du ménage :

  1. avoir des arriérés de traites d’achats à crédit, loyers, emprunts ou factures d’eau, de gaz, d’électricité ou de téléphone ;
  2. ne pas pouvoir faire face par ses propres moyens à une dépense imprévue d’un montant d’environ 1 000 euros ;
  3. ne pas pouvoir chauffer suffisamment son logement pour des raisons financières ;
  4. ne pas pouvoir se payer une semaine de vacances dans l’année hors du domicile ;
  5. ne pas pouvoir remplacer des meubles hors d’usage pour des raisons financières ;
  6. ne pas pouvoir manger un repas contenant des protéines au moins tous les deux jours pour des raisons financières ;
  7. ne pas pouvoir se payer une voiture personnelle.

[1] Pour approfondir l’OPML92 propose la lecture de l’article publié dans la revue « Etudes » intitulé « Pour une nouvelle compréhension de la pauvreté »

[2] Les logements sociaux à faible quittance sont identifiés par leur mode de financement : les PLUS avant 1977 et les PLAI

[3] « Privation matérielle et sociale en 2025 » Insee Focus · Avril 2026 · n° 380

[4] « Pauvreté monétaire, privation et difficultés financières : des situations qui ne se recouvrent que partiellement »  Insee Analyses N°107 Avril 2025. Les chiffres ne couvrent ni certaines populations qui vivent dans des logements dits non ordinaires, telles que les résidents des maisons de retraite ou cités universitaires, ni les personnes sans-abri.