L’hébergement chez des tiers est devenu un phénomène massif. Ils sont pratiquement aussi nombreux que les demandeurs qui habitent dans un logement du parc privé.

Le 31ème rapport qu’a présenté la Fondation pour le Logement le 4 février 2026 a comme thème principal, l’hébergement chez un tiers qui « représente une facette méconnue du mal-logement ».

Qu’en est-il dans la région Ile-de-France et dans le département des Hauts-de-Seine ? Pour pouvoir répondre à ces questions, on s’est appuyé sur les données issues du SNE (Système National d’Enregistrement de la demande HLM) qui détaillent la situation de logement des demandeurs de logement social qui leur est demandée lors de la constitution de leur dossier. Elles distinguent notamment les hébergements dans la famille de ceux chez des tiers.

Ces hébergements regroupent des situations diverses qui sont toujours des solutions temporaires de dépannage avant l’obtention d’un logement dans le meilleur des cas mais parfois avant une sortie vers la rue[1].

Un hébergement familial peut répondre à un problème de décohabitation d’un jeune adulte contraint de rester chez ses parents dans l’attente de trouver un logement adapté à sa situation mais il peut s’agir aussi d’adultes qui se retrouvent sans logement pour des raisons de chômage ou de séparation. Parfois ce sont des liens amicaux qui permettent l’hébergement mais dans d’autres cas aucun lien de proximité n’existe et l ‘hébergement peut parfois s’apparenter à une sous-location.  Les relations entre hébergeurs et hébergés sont en effet variées allant de la gratuité à des formes marchandes financières ou de services.

Dans tous les cas, les hébergements prolongés chez un tiers conduisent à des problèmes de cohabitation au quotidien pour les uns comme pour les autres : surpeuplement, promiscuité, stress, etc. S’ils évitent au moins pendant un temps les situations de rue ou de squat, ils font porter à la sphère privée une partie de la crise du logement. L’hébergement chez des tiers est fondé sur une sollicitation d’aide qui ne peut être que temporaire. Mais l’absence évidente d’alternative conduit à une « surexploitation » de réseaux générant des tensions et des brouilles qui renforcent l’exclusion.

Outre le manque de logement, l’augmentation de ce type de situation s’explique aussi par des niveaux de loyers trop souvent déconnectés des niveaux de ressources des ménages.

Dans l’ensemble de la région comme dans les Hauts-de-Seine ce phénomène d’hébergement chez un tiers est largement présent et s’amplifie. Au fur et à mesure que le nombre de demandes de logement social augmente et que celui des attributions diminue, le nombre et la part des hébergés chez un tiers augmentent. Ainsi entre 2019 et 2024, le nombre d’hébergés chez un tiers est passé de 159 000 à 207 400 dans la région et de 24 200 à 32 200 dans le 92. Leur part dans la demande totale de logement social est passée de 21,6 % à 23,4 % dans la région et de 22,9% à 26,3% dans le département.

Le tableau ci-dessous donne un aperçu du phénomène dans les quatre territoires du département. Partout le nombre et la part des hébergés chez un tiers augmentent. La part des locataires du secteur privé varie peu et est proche en 2024 de celle des hébergés chez un tiers à l’exception de GPSO. Dans ce territoire, la part des locataires du parc privé demandeurs d’un logement social est nettement plus élevée que celle des hébergés. La structure du parc de logement, peu de logements sociaux par rapport au nombre de résidences, explique la forte proportion de demandeurs habitant dans le parc locatif privé.

Les hébergés chez un tiers dans la demande locative sociale

  Part des hébergés chez un tiers Part des locataires du parc privé Demande totalede logement social
2019 2024 2019 2024 2019 2024
BNS* 23,4% 27,7% 24,1% 25,4% 26 425 31 338
POLD 23,6% 27,2% 28,2% 27,4% 37 793 42 540
GPSO 20,6% 24,4% 33,3% 31,4% 17 174 19 510
VSGP 22,8% 24,9% 23,1% 24,5% 24 532 28 965
Hauts –de-Seine 22,9% 26,3% 27,3% 26,8% 105 924 122 353
Région IdF 21,6% 23,4%     736 633 887 408

*Sans Argenteuil

On peut ajouter que les hébergements familiaux sont en 2024 plus de deux fois plus nombreux que les hébergements hors familles, de 2,1 à 2,3 fois dans trois territoires sur quatre et dans l’ensemble du département. Là encore, GPSO se distingue : le rapport entre les deux types d’hébergement est de 1,75 seulement.

Pour permettre une réponse adaptée aux besoins en logement des personnes et des ménages hébergés chez un tiers, il faudra approfondir leurs caractéristiques : motif de leur demande de logement, âge, composition familiale, niveau de ressources, etc.

Par exemple, l’OPML publie chaque année des données sur la situation de logement des bénéficiaires du rsa (tableau 3-3-2-a) : on y apprend qu’un tiers d’entre eux, soit 10 440 dans le 92, sont dans ce cas.

Toutes les données citées concernent des populations en situation régulière. Pour être complet, il faut ajouter les « sans-papiers » qui ne peuvent bénéficier ni d’un logement social ni du rsa. Un certain nombre de ceux-ci sont domiciliés pour avoir au moins une adresse. La moitié des domiciliés ont déclaré être hébergés chez des tiers.

 

[1] 35 % des personnes interrogées lors de la nuit de la solidarité Métropolitaine en janvier 2025 indiquent que leur dernière solution d’hébergement était chez un tiers et 24 % d’entre elles que la fin d’un hébergement chez un tiers est la raison pour laquelle elles se retrouvent en situation de rue  (Source : L’Etat du Mal-Logement en Ile-de-France Rapport2025 Fondation pour le Logement)