Dans le 92, le Collectif a recensé 22 décès dans 12 communes sur 36 du département dont 3 à Boulogne-Billancourt, Clichy, Colombes, Nanterre et Rueil-Malmaison, et 1 à Antony, Gennevilliers, Clamart, Garches, Levallois-Perret, Malakoff et Puteaux.

Le jour de l’hommage rendu aux Morts de la Rue le 2 juin par le Collectif Les Morts de la rue, le Quotidien La Croix a publié à partir du recensement du Collectif la liste des personnes décédées avec lorsqu’ils étaient connus : leur prénom, surnom ou nom, âge, sexe, date et ville de décès.

Le nombre de décès ne cesse de progresser. Il était de 826 en 2023, 855 en 2024 et 929 en 2025. Les Hauts-de-Seine suivent le même mouvement : 14 décès avaient été recensés en 2024 dans 9 communes contre 22 dans 12 communes en 2025.

Si l’augmentation peut être en partie attribuée à une amélioration du recensement, elle reflète aussi celle du nombre de personnes sans domicile et la dégradation des conditions de vie des plus vulnérables. Cela se répercute sur le nombre de décès.

Au cours de l’année 2025, 38 % des morts de la rue l’ont été en Île-de-France. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette concentration : la densité de population, la concentration de la pauvreté urbaine, les tensions extrêmes sur le marché du logement, mais aussi un meilleur maillage associatif et institutionnel permettant un signalement plus systématique des décès.

« Ces personnes sont mortes sur la voie publique, dans des abris de fortune tels qu’un parking, une cage d’escalier, une cabane de chantier ou dans le métro mais aussi dans des lieux de soins ou dans des structures d’hébergement »[1]. En effet, si toutes n’étaient pas sans chez-soi au moment de leur décès, elles l’avaient été à un moment de leur vie ce qui avait largement contribuer à dégrader leur état de santé.

La moyenne d’âge des 929 personnes décédées était de 50 ans. L’écart avec la population générale est de 30 ans reflétant une mortalité très prématurée !

Parmi les 929 personnes décédées : « 14 enfants de moins de 4 ans dont 8 étaient hébergés ; 12 adolescents entre 15 et 18 ans dont 3 hébergés ; 770 hommes, 131 femmes et 54 dont le Collectif ne connait pas le genre. » Les hommes sont toujours largement majoritaires, 86 %.

Parmi les 351 personnes décédées dans la rue en Ile-de France, 216 l’ont été à Paris, 85 en petite couronne et 50 en grande couronne

Dans les Hauts-de-Seine, l’âge moyen des 19 personnes décédées dont on connait l’âge est exactement de 50 ans. Le plus jeune, un adolescent de 17 ans, le plus âgé un homme de 79 ans.

La progression du nombre de morts à la rue montre l’urgence qu’il y a à intervenir pour lutter contre le sans-abrisme et ses conséquences dramatiques et à réformer les politiques  publiques pour que le droit au logement soit effectif.

Voici quelques extraits du 13ème rapport annuel du Collectifs des Morts de la rue « Mortalité des personnes sans chez-soi en 2024 » publié en octobre 2025 sur la situation dans la France entière.[2]

 L’âge moyen au décès est de 47,7 ans, soit 32 ans de moins que la population générale (79,7 ans). Les personnes sans chez-soi sont vulnérables à des âges où la majorité de la population ne rencontre pas encore de risques majeurs de décès.

 Les parcours de vie sont marqués par des ruptures multiples qui s’accumulent et peuvent se renforcer mutuellement. Plus de 40 % des personnes décédées ont connu une rupture liée à la migration ou au déménagement, 25 % une addiction aux substances illicites, 19 % une addiction à l’alcool, et 15 % un divorce ou une séparation.

Le temps d’errance est particulièrement long : 71 % des personnes étaient sans chez-soi depuis plus de 5 ans, dont 30 % depuis plus de 10 ans. Cette installation dans la durée témoigne de l’échec des dispositifs de sortie de rue et de l’accumulation des vulnérabilités au fil du temps.

Les lieux de vie au moment du décès révèlent la complexité et la diversité des situations des personnes sans chez-soi. En 2024, 36 % des personnes vivaient “dans la rue” au sens strict, c’est-à-dire dans des espaces publics comme les parcs, jardins, squares, gares, métros, parkings ou sous les ponts. Cette proportion a augmenté par rapport à la période 2012-2023 où elle était de 31,2 %, suggérant une dégradation des conditions de vie avec une exposition accrue aux risques de mortalité prématurés liés à la vie en extérieur.

27 % des décès concernent des personnes qui sortaient d’institutions, une catégorie regroupant principalement les sorties d’hôpitaux, d’urgences, de réanimation, mais aussi les sorties de prison ou de commissariat. L’habitat précaire concerne 12 % des décès, incluant notamment les cabanes, caravanes, caves, squats, voitures ou parties communes d’immeubles.

Les hébergements d’urgence et foyers d’hébergement ne représentent que 5 % des situations, une proportion étonnamment faible qui pourrait s’expliquer soit par un manque de places, soit par des difficultés d’accès à ces structures, soit que les personnes sont transférées à l’hôpital avant leurs décès.

 

L’analyse des lieux de décès montre une double tendance : d’une part, 46 % des personnes décèdent directement dans l’espace public – rues, fleuves, parkings, squares, gares ou stations de métro. Ces décès surviennent souvent dans l’anonymat

et l’isolement, parfois découverts plusieurs jours après. D’autre part, 34 % décèdent dans des lieux de soins – hôpitaux, urgences, lits d’accueil médicalisés (LAM), lits halte soins santé (LHSS) ou soins palliatifs. La proportion élevée de ces décès ne doit pas masquer qu’il s’agit souvent de prises en charge tardives, en urgence, après des années d’errance thérapeutique et de renoncement aux soins.

14 % des décès ont lieu dans des abris de fortune (cabanes, voitures, squats). Les décès en hébergement ou logement restent minoritaires (6 %), qu’il s’agisse de CHRS, CHU ou du domicile de tiers.

Enfin, pour une part significative, le lieu de décès reste inconnu.

 Les lieux de décès varient significativement selon l’âge des personnes suggérant des.

parcours différenciés : les plus jeunes meurent massivement dans la rue, les âges intermédiaires présentent des profils mixtes, et les plus âgés finissent plus souvent leur vie en CHU, CHRS ou en structures de soins, sans pour autant avoir retrouvé un véritable chez-soi répondant le moment venu à des besoins adaptés.

A noter que près des deux tiers des 15-25 ans décèdent directement dans la rue, la proportion la plus élevée toutes tranches d’âge confondues. Cette surmortalité en rue des jeunes adultes illustre une vulnérabilité spécifique, possiblement liée à des ruptures familiales et institutionnelles récentes, et à l’impossibilité d’accéder à des aides comme le RSA avant 25 ans.

 Des causes de décès méconnues et évitables

40 % des causes de décès restent inconnues. Parmi les causes identifiées, 17 % sont des morts violentes (noyades, agressions, suicides). Les maladies chroniques touchent des personnes bien plus jeunes qu’en population générale. 17 décès par hypothermie et 15 liés à des incendies ont été recensés en 2024.

 Un système de surveillance en mutation, mais des défis persistants

Le Collectif Les Morts de la Rue s’appuie sur un réseau de partenaires institutionnels et

associatifs. Les partenaires institutionnels représentent 36 % des signalements, fruit d’un travail patient de conventionnement notamment avec les SIAO, la Dihal et la Ville de Paris. Les associations maintiennent leur rôle central avec 30 % des signalements. La veille médiatique représente 24 % des sources. Cette architecture de signalement n’est pas homogène selon les territoires. L’Île-de-France bénéficie d’un maillage institutionnel dense avec 51 % de “sources institutionnelles”, reflet des conventions établies et de la structuration du secteur. Les zones rurales et ultramarines sont moins bien documentées, et les populations les plus invisibles échappent encore au recensement.

 

Face à cette tragédie, l’urgence est double : protéger les plus vulnérables et réformer en profondeur les politiques publiques pour que le droit au logement convenable devienne enfin une réalité pour chaque personne en France hexagonale et dans les Outre-mer.

 

[1] Les paragraphes en italiques sont repris tels quels de l’article de La Croix du 2  juin 2026.

[2] Mettre le lien avec le rapport et le communiqué de presse