Au cours d’une nuit du mois de janvier, appelée Nuit de la Solidarité, Paris, des communes de la MGP et des grandes villes en régions tentent de rencontrer et de recenser les personnes sans abri cette nuit-là.

Cette action solidaire vise à décompter les personnes sans abri  et sans solution d’hébergement pour la nuit du décompte, dormant dans l’espace public ou un endroit impropre au sommeil, afin de mieux connaître leurs profils et leurs besoins en vue de leur apporter des réponses adaptées. Pour ce faire et quand cela est possible, les bénévoles, par équipes de 3 à 5 personnes, proposent aux personnes rencontrées de répondre à un questionnaire anonyme. Seules les personnes sans-abri sont décomptées. Les personnes hébergées (en hôtels, centres d’hébergement, chez des tiers, en squats…) ne le sont pas.

Cette action solidaire a aussi pour but de sensibiliser le grand public aux enjeux de la grande exclusion. Elle rassemble des acteurs locaux, des associations, des habitants qui, dans les communes volontaires, parcourent la ville pour repérer ceux qui sont contraints de dormir dehors1 dans les espaces publics (rues, parcs et jardins, bois et forêts, bretelles d’autoroute, talus du périphérique…), les espaces privatifs (certains espaces communs de bailleurs sociaux, parkings…), les équipements (stations de métro et de RER, gares, hôpitaux…), les campements.

Les premiers résultats de la nuit de janvier 2026 ont été publiés par l’APUR[1] dès février et nous en reprenons quelques éléments tels quels. Le décompte de la Nuit de la Solidarité est à considérer comme un nombre a minima. Certaines personnes installées dans des espaces de retrait ou privés ne sont pas visibles et ne sont donc pas décomptées (notamment des femmes). Par ailleurs, le Plan Grand Froid avait été activé le 28 décembre 2025 et les places d’hébergement ouvertes à cette occasion et régulées par les SIAO et les OFII de Paris et Petite Couronne avaient été maintenues lors de la nuit du 22 au 23 janvier 2026.

  • L’édition 2026 de la nuit de la solidarité est marquée par la plus forte présence de campements, surtout d’hommes isolés, dont une partie issue de parcours migratoires avec des situations variées (demandeurs d’asile, réfugiés, déboutés…) et de campements regroupant des familles Roms ou assimilées.

Le nombre de personnes sans abri recensées à Paris est de 3 857. Il a augmenté de 300 soit +10 % par rapport à 2025 alors qu’il était resté stable entre 2024 et 2025. 721 personnes ont été recensées dans des groupes de 20 personnes ou plus (19 % du total), contre 214 personnes (6 %) lors de l’édition 2025.

Le même constat est fait pour les 33 communes de la métropole, hors Paris : 1 083 personnes recensées contre 768 en 2025. Ce nombre de 1 083 inclut les 3 communes de plus qu’en 2025, toutes situées en Seine-Saint-Denis. Il passe à 1 016 si on retire les 67 personnes recensées dans ces 3 communes.

A périmètre comparable des 30 communes ayant participé au décompte en 2025, 248 personnes sans-abri de plus ont été recensées (+32 %). Cette augmentation s’explique par la présence de davantage de campements de familles Roms ou assimilées dans les communes participantes et une augmentation de la taille des campements dans les communes qui en comptaient déjà. Ces installations, mouvantes et évolutives, pouvaient potentiellement être présentes dans d’autres communes de la Métropole qui ne participaient pas au décompte lors des éditions précédentes (Noisy-le-Grand, nouvelle commune dont 23 personnes sur 55 ont été recensées dans un campement). A périmètre égal des 30 communes, le nombre de personnes recensées dans des groupes de 20 personnes et plus a triplé de 150 à 451 entre 2025 et 2026 passant de 20 % à 44 % du total des personnes recensées. A l’inverse, le nombre de personnes seules ne représente plus qu’un tiers du total contre la moitié en 2025 et 68 % en 2024 (32 communes).

Globalement en Seine-Saint-Denis, 6 communes en 2026 ont recensé 474 personnes dans des groupes de plus de 20 personnes ou dans des campements, ce qui représente plus de la moitié des personnes recensées dans ce département.

  • Dans les Hauts-de-Seine, ce sont les 9 mêmes communes qu’en 2025 qui ont participé à la nuit de la solidarité, soit le quart des communes seulement. Deux avaient commencé dès 2022, Courbevoie et Rueil-Malmaison, cinq avaient démarré en 2023, Issy-les-Moulineaux, Sèvres, Nanterre, Colombes et Villeneuve-la-Garenne et deux, Chaville et Montrouge, en 2025. Asnières, Boulogne et Ville d’Avray ne s’y sont pas re-associées. (cf tableau ci-dessous).

Le décompte dans ces 9 communes fait état de 147 personnes dont 31 dans le secteur de La Défense, contre 130 en 2025. C’est à Courbevoie (33 hors Défense), Nanterre (28) et Colombes (27) que le plus grand nombre de personnes sans-abri ont été recensées. Deux communes, Chaville et Villeneuve-la-Garenne n’en ont rencontré aucune.

Quelques commentaires complémentaires

  • La nuit de la solidarité confirme ce que disent les associations. Exemples:

Dans son 31ème rapport annuel 2026 « L’État du Mal-Logement en France », la Fondation pour le Logement pointe particulièrement le sort des enfants à la rue : à la veille de la rentrée scolaire 2025, 2 159 enfants en France (et 2 367 en début d’hiver, le 11 novembre 2025), étaient restés sans solution d’hébergement malgré l’appel de leurs parents au 115. Et ces données ne tiennent pas compte des enfants sans abri pour qui personne n’appelle le 115.

Le rapport 2025 « l’État du Mal-Logement en Ile-de-France »  de la Fondation pour le Logement souligne lui aussi le cas des familles à la rue. : « L’UNICEF et la FAS pointaient également, à la veille de la rentrée scolaire de 2025, une forte progression de personnes en famille à la rue et soulignaient leur concentration en Ile-de-France (43 %) où 924 enfants dont 286 de moins de 3 ans sont restés sans solution d’hébergement à la suite de l’appel de leurs parents au 115. »

Toujours dans ce rapport, « Selon le collectif Les Morts de la Rue, en 2024, au moins 855 personnes sans « chez soi »  ou ayant connu cette condition dans leur vie sont décédées dont 19 enfants de moins de 4 ans. En 2023, plus de 42 % des décès recensés concernaient une personne en Ile-de-France. ».

  • Combien y a-t-il de personnes à la rue ?

On ne connait pas la réponse. Quand on ne veut pas connaitre, on ne compte pas ; cela permet de minimiser et de ne pas s’en préoccuper.

Alors peut-on dire quelque chose sur le nombre de personnes à la rue dans le 92 par exemple à partie des observations recueillies ? En extrapolant de différentes manières, on propose le chiffre minimum de 500.

Ce chiffre est à mettre en regard des 2800 nuitées hôtelières dont disposait le 115 en 2024 pour les Hauts-de-Seine.

  • Ces données locales devraient être discutées dans les communes pour savoir si elles disposent d’un minimum d’équipements et services (accueil de jour, toilettes, douches, aie alimentaire etc…) pour leur permettre de survivre.

[1] Source :  La Nuit de la Solidarité PremiersRésultats Février 2026  MGP/ La Ville de Paris/UNCCAS/APUR